dimanche 11 décembre 2016

Le nucléaire irradie les candidats à la présidentielle

Le nucléaire irradie les candidats à la présidentielleJean-Luc Mélenchon          

Tous radioactifs ! Les candidats à la prochaine élection présidentielle ont quelque chose en commun. Leur appétit pour le nucléaire. Avec répétition en boucle des arguments les plus éculés et mille fois démentis.

En tous cas en l’espace de quelques semaines, on a assisté au retour du discours selon lequel le nucléaire serait « une énergie nécessaire dans la lutte contre le changement climatique ». C’est la position de tous les principaux candidats à la présidentielle et à la primaire PS : Marine Le Pen, François Fillon, Emmanuel Macron, Manuel Valls, Arnaud Montebourg et même Benoît Hamon qui s’est seulement engagé à « réduire la part du nucléaire dans le mix énergétique » comme Hollande avant lui. Croire que le nucléaire fait partie de la solution contre le changement climatique est une idée fausse. Le nucléaire n’est pas une aide dans la transition énergétique. Au contraire. Je dis pourquoi.
Madame Le Pen a encore raté une occasion de se taire. Le 2 décembre à Paris, en conclusion du rendez-vous du Front National sur l’écologie, elle a déclaré en fanfaronnant : « Je le dis tout de suite : nous ne comptons pas abandonner le nucléaire, au contraire. Il faut en permanence l’innover et le sécuriser. Abandonner le nucléaire aujourd’hui serait pour la France se tirer une balle dans le pied vu les services que cette énergie nous rend ». Dans son programme le candidat conservateur François Fillon dit la même chose : « le nucléaire, notre filière d’excellence, et les énergies renouvelables sont complémentaires, et qu’il ne faut pas opposer les unes aux autres. Pour ma part, je veux développer toutes les formes d’énergies propres, y compris le nucléaire ». Le « y compris » est une grosse manipulation. Car Fillon propose au passage de prolonger la durée de vie des centrales nucléaires de 40 ans actuellement à 60 ans et de soutenir l’exportation des technologies nucléaires françaises à l’étranger.
Le libéral Emmanuel Macron est aussi un chaud partisan du nucléaire. Il l’a dit dans le Journal du dimanche le 31 juillet dernier, quand il était encore ministre de l’Économie. Pour lui, « Le nucléaire est une industrie de souveraineté qui a fait ses preuves. Le renouvelable est une énergie d’avenir qui reste intermittente. Il faut développer la complémentarité entre ces deux ressources ». Il parlait du nucléaire comme d’une énergie d’après lui « sécurisée, bon marché et décarbonée ». Il soutenait le projet d’export par EDF du réacteur EPR au Royaume-Uni car selon lui ce projet peut tout simplement tuer EDF. « Hinkley Point nous permettra de renforcer nos compétences au moment où nous sommes aussi en train de préparer une nouvelle génération d’EPR qui vont servir à renouveler notre propre parc ».
Manuel Valls considère lui aussi que « Évidemment, le nucléaire est une filière d’avenir. Nous avons besoin de nucléaire, même si on réduit, dans la décennie qui vient, sa part. Nous avons besoin de renouveler nos centrales nucléaires, ses différentes filières » comme il l’a dit en 2012  avant d’aller vendre les technologies françaises en 2015 au Japon quatre ans après la catastrophe de Fukushima… Je suis sidéré que Manuel Valls ait si vite changé d’avis dans le mauvais sens sur ce sujet. Pourtant en 2011, dans la campagne de la primaire PS, il avait pris une position courageuse. C’était dans son livre L’énergie du changement, l’abécédaire optimiste. Il se disait favorable à un « débat national » à propos du nucléaire affirmant qu’il devrait « être tranché démocratiquement par référendum » ! Et il écrivait : « Dans ce processus, je défendrai, sans rien cacher des efforts importants que cela induira, une sortie progressive et maîtrisée du nucléaire, car c’est, à terme, l’assurance de ne plus connaître de nouvelle catastrophe, une réelle souveraineté énergétique et, aussi, de nouvelles perspectives de croissance et d’emplois ». Selon lui, la catastrophe de Fukushima avait alors « sonné le glas de nombreuses croyances autour du nucléaire et exige l’avènement d’un nouveau monde énergétique ». Il défendait même « une règle claire : la durée de vie maximale des centrales nucléaires devra être limitée à trente-cinq ans » ce qui aurait dû entrainer la fermeture de 21 des 58 réacteurs d’ici 2017 ! Et Manuel Valls enfonçait le clou considérant que « il faudra stopper tous les nouveaux projets » à l’exception de l’PER de Flamanville déjà lancé et que: « L’Etat devra réorienter massivement l’effort de recherche et de développement dans l’énergie en le focalisant sur le renouvelable ». Il suffit de regarder le bilan de son gouvernement pour mesurer le grand écart entre ses promesses de l’époque et la réalité de son action.
Quant à Arnaud Montebourg, lui aussi défend la poursuite du nucléaire. Il l’a redit sur France2 le 22 septembre dernier. Pour lui le « nucléaire reste un mal nécessaire ». Lui aussi prétend que le nucléaire est une solution alors que « nous avons une urgence écologique, une sorte de compte-à-rebours au-dessus de nos têtes qui est le réchauffement climatique ». Pour lui « la solution elle est dans le mix énergétique. Nous avons besoin des énergies renouvelables mais la priorité c’est de les faire remplacer les énergies fossiles. C’est une raison pour laquelle je me suis permis de dire que [le nucléaire] était une filière qui avait de l’avenir parce que on n’a pas fini avec le travail d’abandon du fossile ». Prenant appui sur le contre-exemple allemand, il a aussi affirmé : « ce qui se passe lorsqu’on arrête le nucléaire, c’est ce qu’il s’est passé par exemple en Allemagne où une dizaine de réacteurs ont été arrêtés, le charbon l’a remplacé ». Comme si c’était la seule voie possible.
Tous ces candidats se trompent. C’est encore Nicolas Hulot qui le dit le mieux. Il l’a clairement fait sur RTL le 29 novembre à propos de François Fillon. Mais sa réponse vaut pour tous. Je commence par le citer pour écarter l’argument de la « souveraineté énergétique » que procurerait le nucléaire. Voici ce que Nicolas Hulot répond : « Gardons à l’esprit que le nucléaire ne nous met pas dans une situation d’indépendance énergétique. Les matériaux fissiles, il faut bien aller les chercher quelque part. Et les pays qui détiennent ces matériaux, on n’est pas garanti sur la durée de pouvoir s’approvisionner comme on le faisait dans le passé ». En effet, l’uranium dont nous avons besoin pour faire fonctionner les centrales provient du Niger et du Kazakhstan. L’approvisionnement nous pousse donc à toutes les compromissions morales avec les agissements des entreprises dans ces pays quand ce n’est pas avec leur gouvernement. Mieux vaut en rire : souvenez-vous de François Hollande déguisé lors de sa visite au Kazakhstan : un peu d’uranium vaut bien une chapka, non ?
Quant au lien entre nucléaire et lutte contre le changement climatique, je donne là encore absolument raison à Nicolas Hulot. Voici ce qu’il en dit « je ne suis pas dogmatique [sur le nucléaire] mais enfin, les faits sont là, notamment sur un plan économique. C’est un mode de production énergétique qui nous emmène dans des dérives financières absolument terrifiantes. Et je pense que la démonstration encore récente des coûts induits des conséquences de Fukushima au Japon devraient nous amener à beaucoup plus de mesure ». La Cour des Comptes a par exemple estimé à 100 milliards d’euros les coûts du projet de grand carénage des réacteurs pour permettre leur durée de vie au-delà des 40 ans et renforcer la sécurité après l’accident japonais. Pour ces prix-là on finance intégralement le basculement sur les énergies renouvelables.
C’est le premier argument pour lequel le nucléaire n’est pas un allié dans la lutte contre le réchauffement climatique. Poursuivre dans le nucléaire absorbera des sommes phénoménales qui manqueront pour financer les autres investissements. C’est d’autant plus vrai que le président de l’Autorité de sûreté nucléaire a récemment affirmé que « la situation du nucléaire en France est très préoccupante ». Cette remarque sur les investissements ne vaut pas seulement pour le maintien des réacteurs actuels. Elle vaut aussi pour les projets de construction de nouvelles centrales. Pour s’en convaincre, il suffit de regarder le gouffre financier qu’est le projet de réacteur EPR à Flamanville dans la Manche. Ses coûts ont été multipliés par trois et dépassent désormais les 10 milliards d’euros alors que le réacteur n’est toujours pas en état de fonctionner avec plusieurs années de retard. Ceux qui prétendent que c’est une « énergie d’avenir » ne sont pas seulement suspects du point de vue de la lutte contre le changement climatique. Ce sont aussi des gaspilleurs d’argent public à grande échelle ! Ceux qui vous promettent le nucléaire et les renouvelables mentent. Notez d’ailleurs qu’ils ne disent pas comment ils comptent faire pour financer les deux à la fois. À part M. Fillon qui lui assume de vouloir « donner la main au marché » et « sortir des objectifs chiffrés » en matière d’énergies renouvelables.
L’autre argument donné par Nicolas Hulot concerne les coûts de l’énergie produite. Lorsqu’on lui fait remarquer que François Fillon dit être pro nucléaire pour sauver le climat, voici ce qu’il répond : « Non. C’est un débat qui a lieu d’être mais on voit bien aujourd’hui que la solution qui est en train de se dessiner ce sont les énergies renouvelables, l’efficacité énergétique et notamment le solaire dont le coût en l’espace de 10 ans a été divisé par quatre. C’est ça l’avenir ». Cela vaut aussi pour l’éolien : les coûts de l’électricité produite sont aujourd’hui très proches de ceux de l’électricité d’origine nucléaire. Et l’effet de ciseau est certain : les coûts du nucléaire augmentent avec les mesures de sécurité et d’entretien ou de renouvellement du parc alors que les coûts des énergies renouvelables baissent sous l’effet des progrès technologiques et des économies d’échelle rendues possibles par leur développement. C’est d’autant plus stupéfiant que les règles applicables aux énergies renouvelables permettent de connaître le coût total, incluant les frais de démantèlement et recyclage en fin de vie, alors qu’on ne sait toujours pas démanteler un réacteur nucléaire ni retraiter de manière définitive les déchets radioactifs.

Je crois que cette question est un des enjeux de l’élection présidentielle qui arrive. Qui veut voter pour l’aggravation du danger nucléaire avec des vielles centrales ruineusement recarénées ? Pas moi. Tous les autres si.

Jean-Luc Mélenchon



CICE : la (vraie) France des assistés !

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Vingt-deux milliards. 22 000 000 000. C’est un métier, que de faire sentir l’énormité d’un chiffre comme ça. Que ça ne reste pas une abstraction avec plein de zéros. Que ça prenne corps, un peu, jusqu’à chez vous. Je serais informaticien, là, je fabriquerais un « convertisseur de CICE ». Vous entreriez le nom d’un métier :  « Infirmier », par exemple.
 
C’est la débâcle dans les hôpitaux, on le sait tous, les patients qui attendent des nuits aux « urgences », d’autres où le personnel apporte son propre papier toilette, les établissements parisiens qui épuisent leurs salariés ; bref, une Sécu au bord de la crise de nerfs.
Donc, embaucher des « infirmiers », qui est contre ? J’ai regardé sur « infirmiers.com », c’est environ 1 828 € brut en début de carrière, allez, 2 000, soit 32 000 par an avec les cotisations patronales : ça fait 625 000 infirmiers. Voilà ce qu’on pourrait recruter avec les vingt milliards du CICE.
Mais vous avez raison : il ne faut pas mettre tous ses œufs dans le même panier. Avec mon convertisseur ultra-perfectionné, chacun pourrait se faire un mix à lui, ses embauches idéales : instits, animateurs pour le périscolaire, auxiliaires pour les vieux, cheminots, inspecteurs du travail, contrôleurs des impôts, etc.
Cette manne, ces vingt milliards, constitueraient un vrai bol d’air pour le tissu social, pour des services publics aujourd’hui sous asphyxie. Alors que là, ils n’ont servi à rien ou presque…Vous saisissez, maintenant, l’énormité de ces vingt milliards ?
Il faut vous l’écrire en chiffres, peut-être, avec tous les zéros ? 20 000 000 000 ? Non ? Ça ne vient toujours pas ? Alors, je vais convertir en autre chose : En ministères. J’ai consulté le budget de l’Etat pour 2016.

Le coût du CICE c’est, pour cette année :

7,3 fois le budget de l’ « Agriculture, alimentation, forêt et affaires rurales » (2,7 milliards).
7,3 fois aussi le budget de la « Culture » (2,7 milliards).
2 fois le budget de l’ « Ecologie, développement et mobilité durables » (9,1 milliards).
2,4 fois le budget de la « Justice » (8,2 milliards).
33,3 fois le budget de « Sport, jeunesse et vie associative » (0,6 milliard).
36 fois le budget des « Médias, livres et industries culturelles ».
50 % du budget de la « Défense » (39,6 milliards).
30 % du budget de l’ « Enseignement scolaire » (67 milliards).
Vous le pigez, désormais, que c’est du lourd, ces vingt milliards ? Que ça peut rebattre les cartes complètement ? Qu’un gouvernement qui dirait : « Bam, notre priorité, c’est l’Ecologie », d’un coup d’un seul, il pourrait en tripler le budget, avec ces vingt milliards… et avec des effets sans doute plus significatifs sur l’emploi !
 Il faut mesurer ici le paradoxe. Le gouvernement (« les gouvernements », on devrait dire, tant l’alternance ne change pas grand-chose à ces choix politiques), le gouvernement compte sur un « effet de levier ». En gros, en donnant un euro d’aide au privé, ça va démultiplier les énergies, et à force d’investissements, d’embauches, de croissance, de tout ça, à la fin, ça fera des petits, ça produira dix euros dans le PIB.
Mais on assiste à l’inverse : l’effet de levier est remplacé par une évaporation. Chaque euro mis dans la machine devient dix centimes à l’arrivée. « Reconstitution de leurs marges » oblige… Ah qu’en termes galants ces choses-là sont mises ! En moins codé, ces subventions sont passées par profits et profits, se muent en dividendes pour les actionnaires, ou en rétributions pour les patrons.
Ainsi, par exemple, de Carrefour (le premier bénéficiaire privé, derrière La Poste et la SNCF) : 120 millions de CICE. De quoi soutenir l’envolée des dividendes : + 25 % depuis 2012, 517 millions d’€, soit 62 % des bénéfices. De quoi aider aussi un nécessiteux, le PDG, dont le salaire double, de 3,7 à 7 millions d’€.
Ainsi, également, de Casino, qui touche 97 millions de CICE et qui réduit ses « frais de personnel » d’à peu près autant. Tandis que la « rémunération des dirigeants », elle, ne connaît pas la crise : +12,5 % entre 2014 et 2015.
Ainsi, enfin, pour conclure le tiercé de la grand distrib’, de Auchan : 88 millions d’€ de CICE. Les dividendes versés à la famille Mulliez ont quasiment triplé : 200 millions en 2015, contre 67 en 2014.
Sa marge de manœuvre budgétaire, François Hollande l’aura donc consacrée à ça : À rien ! Mais c’est à cela, justement, qu’on découvre la puissance d’un dogme : qui va songer, aujourd’hui, à stopper cette mesure ?
*****
François Fillon prevoit une baisse de 40 milliards d’euros qui passera par une diminution des cotisations patronales et du taux de l’impôt sur les sociétés… imaginer ce que que l’on pourrait faire avec 40 000 000 000 d’euros bien utilisés ! 

ON A BESOIN DE VOUS

Le journal fakir est un journal papier, en vente dans tous les bons kiosques près de chez vous. Il ne peut réaliser des reportages que parce qu’il est acheté ou parce qu’on y est abonné !
Notre dossier sur la France des assistés est à lire intégralement dans Fakir n°78, actuellement en vente sur notre boutique et dans les kiosques.


Dans mon sac à dos il y a sûrement une hache, une tronçonneuse et du gaz moutarde. Voire des makrouds !

Stop_terrorisme.jpgLe Yéti       

Éducateur, un métier à risques ! Surtout à Nice. Surtout si on a une gueule d’arabe. Cet épisode a amusé son héros qui signe sous le pseudonyme Bob Pretends TobeBlind. Mais imaginons chaque jour soupçons lourds, regards appuyés, contrôles d’identité répétés et vexations diverses, parce que ta peau n’a pas la bonne couleur, et nous pouvons comprendre les sentiments d’humiliation, de frustration, de colère.

Hé ben, mes derniers jours d’éducateur sont décidément bien étranges. J’étais ce matin sur les hauteurs de Cimiez, parti rendre visite à une famille que je suis sensé accompagner (même pour très peu de temps), je ne les connais pas encore.
Je me pointe donc avenue Sainte-Colette et j’arrive au portail d’un petit immeuble (toutes mes familles ne sont pas à l’Ariane hein). J’appelle madame X qui me dit « je vous ouvre le portail, montez au 3e étage ». J’attends donc l’ouverture.
Là, une dame au volant de sa voiture arrive. Elle se met devant le garage, moteur allumé, et attend… J’attends aussi en textotant à madame X car le portail ne s’ouvre pas. C’est alors que la dame de la voiture s’adresse à moi :
— Monsieur ? Qu’est-ce que vous faites là ?
— Heu… comment ça ? Je viens rendre visite à quelqu’un. Pourquoi ?
— À qui, je vous prie ?
Très polie, même si je sens les réflexes petits bourgeois calés devant BFM. Mais je n’ai pas le droit de lui répondre, confidentialité oblige, puisque j’agis dans le cadre judiciaire.
— Je viens simplement rencontrer quelqu’un qui vit ici, madame.
— Mais qui ?
— Désolé, je n’ai pas à vous répondre.
— Pourquoi vous ne voulez pas répondre ?
— Je n’ai pas à vous répondre, voilà tout. (Sourire crispé de ma part.)
La dame entre dans sa voiture (toujours allumée, je comprends qu’elle n’ose pas ouvrir son garage de peur que… que quoi, je n’en sais rien). C’est vrai qu’à présent j’ai envie de mettre le feu à ses cheveux orange et lui faire péter les agrafes de son lifting, mais je me retiens. Elle sort son téléphone tandis que j’appelle madame X.
— Le portail ne s’ouvre pas et une dame qui a peur est en train d’appeler quelqu’un…
— Attendez… et là ça marche ?
— Non…
— Et là ?
— Toujours pas…
La dame s’adresse à moi, de l’intérieur de la voiture, elle n’ouvre qu’un tout petit peu sa vitre. Il est acquis que je suis plus que louche (d’origine tunisienne en plus !) et que dans mon sac à dos il y a sûrement une hache, une tronçonneuse et du gaz moutarde. Voire des makrouds ! D’ailleurs, je commence à sortir un pieu pour empaler la vieille avant de l’énucléer, tout en l’aspergeant d’essence. Heu… je blague, hein !
— Monsieur, je vous laisse une dernière chance de me dire qui vous venez voir dans l’immeuble.
— Ha ha une dernière chance ! Madame, je n’ai pas à vous répondre, je suis ici pour raisons professionnelles.
— Et bien vous devriez partir vite, j’ai appelé Stop Terrorisme !
— Quoi ?… pardon ?
Je n’ai à ce moment là vraiment aucune idée de ce dont elle me parle… Stop terrorisme ? Ah oui, le numéro vert de délation qui est diffusé partout, surtout ici à Cimiez. Certainement, ils ont dû recevoir ça dans leur boîte à lettres. Il y a tellement de terroristes à Cimiez ! À moins qu’elle ne soit si vieille, cette vieille toute vieille qu’elle est tellement vieillie qu’elle a dû connaître la conquête romaine de la Provence.
— Et j’ai dit à mon mari d’appeler la police.
— Mais pour quel motif madame ?
— Vous n’avez rien à faire ici. C’est privé.
— Je suis sur la route, mon vélo est attaché ici…
— Vous devriez partir. Ici nous sommes vigilants.
Nouveau texto : Et là, c’est ouvert ?
Quelqu’un peut-il m’expliquer ce qui se passe ? Vous croyez que je peux appeler le numéro vert pour la dénoncer ? Sans blague, elle était tellement refaite et ressemblait tellement à un alien que j’ai eu peur et voulais appeler la NASA !


Le Yéti 

Fidel Castro et la répression contre les intellectuels

Ignacio Ramonet

Ignacio Ramonet a été directeur du Monde diplomatique. Il est actuellement directeur de son édition espagnole. 

Il a été parmi les premiers à définir le concept de Pensée unique et il a été à l’origine de la création d’ATTAC dont il est Président d’honneur.
Il a fait partie des promoteurs du Forum social mondial de Porto Alegre qui lui doit le slogan :"Un autre monde est possible".
Journaliste, géopolitologue, sociologue, écrivain, il a reçu de nombreuses distinctions internationales.
Il raconte ici comment la censure et la répression se sont abattues sur lui, en Espagne et en France, dès qu’il a publié son livre "Fidel Castro. Biographie à deux voix" ou "Cent heures avec Fidel"- (Edition Debate, Barcelone), fruit de cinq années de documentation et de travail, et des centaines d’heures de conversations avec le leader de la révolution cubaine.
Son récit est édifiant (glaçant) alors que la quasi-totalité des médias viennent de nous expliquer, à l’occasion de la mort de Fidel Castro, ce que devrait être le droit des intellectuels à faire connaître leur travail. (Le Grand Soir)

La mort de Fidel Castro a donné lieu - dans certains grands médias occidentaux - à la diffusion de quantités d’infamies contre le commandant cubain. Cela m’a blessé. Chacun sait que je le connaissais bien. Et j’ai donc décidé d’apporter mon témoignage personnel. Un intellectuel cohérent doit dénoncer les injustices. En commençant par celles de son propre pays.

Lorsque l’uniformité médiatique écrase toute diversité, censurer toute expression divergente et sanctionner les auteurs dissidents, est naturel, en effet, on peut parler de "répression". Comment qualifier autrement un système qui étouffe la liberté d’expression et réprime les voix différentes ? Un système qui n’accepte pas la contradiction en arguant qu’il l’admet. Un système qui établit une "vérité officielle" et ne tolère pas la transgression. Un tel système a un nom, ça s’appelle "tyrannie" ou "dictature". Pas de discussion. Comme beaucoup d’autres, j’ai vécu dans ma chair les fléaux de ce système... en Espagne et en France. C’est ce que je vais vous raconter.
La répression contre moi a commencé en 2006, lorsque j’ai publié en Espagne mon livre "Fidel Castro. Biographie à deux voix" ou "Cent heures avec Fidel"- (Edition Debate, Barcelone), fruit de cinq années de documentation et de travail, et des centaines d’heures de conversations avec le leader de la révolution cubaine.
Immédiatement, je fus attaqué. Et la répression a commencé. Par exemple, le journal "El Pais" (Madrid), qui m’ouvrait régulièrement ses pages d’opinion, m’a sanctionné. Il cessa de me publier. Sans donner la moindre explication. Et non seulement cela, mais dans la meilleure tradition stalinienne, mon nom a disparu de ses pages. Supprimé. Plus aucun compte-rendu de mes livres, plus aucune mention de mon activité intellectuelle. Rien. Supprimé. Censuré. Un historien du futur qui chercherait mon nom dans les colonnes du journal "El País" déduirait que je suis mort il y a une décennie...
La même chose dans "La Voz de Galicia", journal dans lequel j’ai aussi écrit pendant des années, une chronique hebdomadaire intitulée "Res Publica". En raison de la publication de mon livre sur Fidel Castro, et aussi sans la moindre excuse, j’ai été puni. Ils ont cessé de publier mes chroniques. Du jour au lendemain : la censure totale. Comme dans "El País" mise à l’écart absolue. Traitement de pestiféré. Jamais plus, ensuite, la moindre allusion à une de mes activités.
Comme dans toute dictature idéologique, la meilleure façon d’exécuter un intellectuel est de le faire "disparaître" de l’espace médiatique pour le "tuer" symboliquement. Hitler l’a fait. Staline l’a fait. Franco l’a fait. Le quotidien "El País" et "La Voz de Galicia" me l’ont fait.
En France, ce fut pareil. Quand les éditeurs Galilée et Fayard ont publié mon livre "Fidel Castro. Biographie à deux voix" en 2007, la répression s’est immédiatement abattue sur moi.
Sur la radio publique "France Culture", j’animais un programme hebdomadaire le samedi matin, consacré à la politique internationale. Dès la publication de mon livre sur Fidel Castro, les médias dominants commencèrent à m’attaquer violemment, le directeur de la station m’a appelé dans son bureau et sans détours, m’a déclaré : "Il est impossible que vous, ami d’un tyran, puissiez vous exprimer sur nos ondes." J’ai essayé d’argumenter. Rien à faire. Les portes des studios se sont fermées à jamais pour moi. Ils m’ont aussi bâillonné. Le silence était imposé à une voix discordante dans l’unanimisme anti-cubain.
À l’Université Paris-VII, cela faisait 35 ans que j’enseignais la théorie de la communication audiovisuelle. Quand a commencé la diffusion de mon livre et la campagne médiatique contre moi à se propager, un collègue m’a prévenu : "Attention ! Certains fonctionnaires disent qu’on ne peut pas tolérer que "l’ami d’un dictateur" donne des cours dans notre faculté..." Bientôt commencèrent à circuler dans les couloirs des dépliants anonymes contre Fidel Castro qui exigeaient mon expulsion de l’université. Peu après, j’étais officiellement informé que mon contrat ne serait pas renouvelé... Au nom de la liberté d’expression, on m’a refusé le droit à l’expression.
Je dirigeais à l’époque, à Paris, le mensuel "Le Monde Diplomatique", appartenant au même groupe d’édition que le célèbre journal "Le Monde". Et, pour des raisons historiques, je faisais partie de la "Société des rédacteurs" de ce journal, mais n’écrivais plus dans ses colonnes. Cette société était alors très importante dans l’organigramme de l’entreprise par sa condition d’actionnaire principal, parce qu’en son sein on élisait le directeur du journal et parce qu’elle veillait au respect de l’éthique professionnelle.
En vertu de cette responsabilité précisément, quelques jours après la sortie de ma biographie de Fidel Castro en librairies, et après que plusieurs médias importants (notamment le quotidien "Libération") ont commencé à m’attaquer, le président de la Société des rédacteurs m’appela pour me transmettre "l’extrême émotion" qui, selon lui, régnait au sein de la Société des rédacteurs depuis la publication du livre. "L’avez-vous lu ?" demandai-je. "Non", répondit-il, "mais peu importe c’est une question d’éthique, de déontologie. Un journal du groupe "Le Monde" ne peut pas interroger un dictateur." Je cite de mémoire une liste d’une douzaine d’authentiques autocrates d’Afrique et d’autres continents dont le journal avait obligeamment donné la parole pendant des décennies. "Pas la même chose" dit-il, "précisément je t’appelle pour ça : les membres de la Société des rédacteurs veulent que tu viennes leur donner une explication." "Vous voulez me faire un procès ? Un « procès de Moscou » ? Une « purge » pour déviationnisme idéologique ? Il va falloir assumer votre rôle d’inquisiteurs et de police politique, et m’emmener de force devant votre tribunal." Ils n’ont pas osé.
Je ne peux pas me plaindre ; je n’ai pas été emprisonné ni torturé ni exécuté comme cela est arrivé à beaucoup de journalistes et d’intellectuels sous le nazisme, le stalinisme ou le franquisme. Mais j’ai subi des représailles, symboliquement. Comme dans ’El País’ ou ’La Voz’, j’ai "disparu" des colonnes du journal "Le Monde". Lorsque j’étais cité, c’était seulement pour me lyncher.
Mon cas n’est pas unique. Je connais en France, en Espagne, dans d’autres pays européens, de nombreux intellectuels et journalistes condamnés au silence, à "l’invisibilité" et à la marginalité parce qu’ils ne pensent pas comme le chœur féroce des médias dominants, parce qu’ils rejettent "le dogme anti-castriste obligatoire". Pendant des décennies, Noam Chomsky lui-même, aux États-Unis, pays de la "chasse aux sorcières", a été condamné à l’ostracisme par les grands médias qui lui ont interdit l’accès aux colonnes des journaux les plus influents et aux antennes des principales stations de radio et de télévision.
Cela n’a pas eu lieu il y a cinquante ans dans une dictature poussiéreuse lointaine. Non, ça se passe maintenant dans nos "démocraties médiatiques". Je continue à en souffrir à l’heure actuelle. Pour avoir simplement fait mon travail de journaliste, et donné la parole à Fidel Castro. En justice, ne donne-t-on pas la parole à l’accusé ? Pourquoi ne pas accepter la version du dirigeant cubain que les grands médias dominants jugent et accusent en permanence ?

La tolérance n’est-elle pas le fondement même de la démocratie ? Voltaire définissait la tolérance de la manière suivante : "Je ne suis pas du tout d’accord avec ce que vous dites, mais je lutterai jusqu’à la mort pour que vous ayez le droit de le dire." La dictature médiatique, à l’ère de la post-vérité (*), ignore ce principe fondamental.

Ignacio RAMONET - Directeur de "Le Monde diplomatique en español" -
www.monde-diplomatique.es

Traduction  : Michel TAUPIN.
Notes du traducteur :
(*) "post-vérité" : « qui fait référence à des circonstances dans lesquelles les faits objectifs ont moins d’influence pour modeler l’opinion publique que les appels à l’émotion et aux opinions personnelles » (dictionnaire Oxford)
La vérité a toujours été falsifiée ou contestée, ce qui est nouveau c’est qu’elle est devenue secondaire, c’est l’ère de la post-vérité.

Source : alainet.org

Le Grand Soir

Coût du travail, peine capitale ou l’ubérisation de l’élimination politique

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Si c’est pas malheureux !
Pour une fois qu’un jeune fait preuve d’un peu d’initiative, sans rien réclamer à l’état providence, le voilà injustement sanctionné.
C’est pas comme ça qu’on va encourager les jeunes entrepreneurs macroniens - "Si j'étais chômeur, je n'attendrais pas tout de l'autre" - à devenir milliardaires.
À l’heure on l’on condamne Cahuzac mais où l’on attend toujours les procès de Sarko, Balko et compagnie, est-il bien raisonnable de poursuivre un jeune garçon motivé qui tente de créer un emploi, précaire certes, mais viable à long terme.
Car, si l’on s’en réfère à l’éditocrate éclairé Nicolas Bouzou, un emploi public supprimé, et dieu sait si certains politiques en cumulent, ne crée t’il pas 5 emplois privés à plus ou moins longue échéance ?
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et puis avouez le, un CDD à 1000 euros/jour, par les temps qui courent, ce n’est pas rien.
C’est d’ailleurs sans doute trop.
1000 balles la balle, pour buter un petit Caudillo suisse, me parait peu rentable et pas du tout compétitif.
En ces temps heureux de concurrence effrénée, de dumping économique et selon un benchmark attentif, un tueur détaché, un killer sans papier ou un djihadiste sans emploi, couterait certainement moins cher et ferait avantageusement baisser le coût du travail.
De plus, en produisant les armes dans quelque pays lointain et miséreux - la Grèce ? - par des enfants exploités, des prisonniers politiques ou de droits communs, des stagiaires, voire, comme nous le suggère avec finesse Pierre Gattaz, des retraités bénévoles, l’on pourrait encore gagner sur les marges et offrir à quelque actionnaire de meilleurs dividendes encore.
Le contrat low cost sur la tête d’un parasite notoirement assisté, voilà une piste intéressante et innovante à creuser.
Non vraiment, voilà un bien mauvais exemple de sanction dans cette France bloquée, qui brime une fois encore l’ initiative privée et l’innovation.

Gageons que Mr François Fion et son blitzkrieg salvateur et visionnaire d’il y a 40 ans, saura nous défaire des pesanteurs sociales et juridiques et permettre à de jeunes entrepreneurs de starts up ambitieuses et originales de libérer les énergies les plus audacieuses.

Réplique...


Citation de Frédéric Lordon

Le vrai réalisme, c'est de fermer la Bourse, de saisir les banques et de ne pas payer la dette.