mardi 24 janvier 2017

La grippe à l’hosto

La grippe à l'hostoJean-Luc Mélenchon              

L’hôpital a-t-il attrapé la grippe ? Non bien sûr. Mais il est très malade. De tous côtés, des alertes me sont lancées. Les urgences sont débordées et les hôpitaux incapables de faire face à l’épidémie de grippe. 

Je dis que ce n’est pas d’abord la faute de la maladie en question. Bien sûr, je ne néglige pas la violence de la grippe. J’ai lu que 18 000 personnes seraient mortes de l’épidémie il y a deux ans, lors de l’hiver 2014-2015. D’ailleurs, il y avait déjà eu par exemple cette année 13 morts dans une seule maison de retraite ! À Paris, tous les indicateurs d’activité des pompes funèbres vont dans le même sens. D’une année sur l’autre aux mêmes dates, l’activité mensuelle de janvier est d’ores et déjà dépassée. Tout cela alors que le pic de l’épidémie ne serait pas encore atteint. Sur le terrain, tous les témoignages convergent : notre pays est devenu incapable de faire face à une épidémie pourtant prévue, cyclique et finalement sans difficulté thérapeutique.
Tel est le bilan d’une politique du manque chronique de personnel et de lits aux urgences et dans tout le système hospitalier. Celui-ci est aujourd’hui au bord de l’effondrement. Les hôpitaux ne tiennent encore debout que grâce à l’incroyable dévouement de tout leur personnel, des médecins urgentistes aux infirmiers, aides-soignants, brancardiers etc. Mais cela ne durera pas toujours. La vidéo de Sabrina Aurora, (photo) l’interne en médecine, a été vue par huit millions d’internautes. Cela montre qu’il existe une opinion de masse que la situation inquiète au plus haut point.
Cette épidémie est un donc un parfait révélateur de ce qu’est devenu notre système de soins sous la férule du libéralisme. Il est temps de rappeler que ce système politique a toujours justifié ses diktats et la récitation permanente de ses mantras par son efficience. Une belle arnaque. Là où le libéralisme s’applique, très vite, plus rien ne marche !  Une bonne occasion de montrer que les soi-disant « compétents » qui gouvernent ne font rien d’autre que créer les conditions du chaos. Dans la santé, il faudra faire tout autrement dès que possible. Pour l’instant c’est le règne du bavardage au sommet de l’État.
La Ministre de la santé a donc demandé mercredi 11 janvier aux hôpitaux de « reporter les opérations non urgentes ». Pourquoi ? Pour soulager les urgences face au pic de grippe. Mme Touraine explique ainsi que les urgences sont « aux limites de leurs capacités ». En effet, pour faire face, ici on rappelle des retraités, là on rajoute des lits dans des chambres individuelles, ailleurs on cherche des vacataires pour épauler le personnel en sous-effectif. Diantre, les urgences hospitalières de la sixième économie du monde sont mises en tension maximale par une simple grippe !
Mais, non, Mme la Ministre, l’hôpital n’est pas malade de la grippe. L’hôpital est malade de votre politique depuis cinq ans et de celle de vos prédécesseurs. Marisol Touraine se vante d’avoir réduit le déficit de la Sécurité sociale. Mais elle ne dit pas à quel prix ce résultat a été obtenu. Depuis 2015 et jusqu’à cette année 2017 s’applique un plan d’austérité à l’hôpital. Sur ces trois ans, le gouvernement applique 3 milliards d’euros de coupes budgétaires dans l’hôpital. Cela revient à fermer 16 000 lits ou à supprimer 22 000 emplois ! La cause du désordre vient d’abord de là avant de venir de la grippe !
Cette épidémie sonne comme un désaveu pour tous mes concurrents à la présidentielle. D’abord pour les anciens ministres Macron ou Valls qui portent la responsabilité des budgets en question adoptées quand ils étaient encore membre du gouvernement aux plus hauts rangs. Notez aussi que Benoît Hamon a voté pour deux des trois lois de financement de la Sécurité sociale en question là où d’autres « frondeurs » s’abstenaient.
La grippe prouve aussi par l’absurde que les propos de M. Macron, de M. Fillon ou de Mme Le Pen sur la santé sont déconnectés de la vie réelle. M. Macron et M. Fillon prétendent que les Français devraient se « responsabiliser » en matière de santé. M. Fillon l’a encore dit le 12 décembre dernier dans sa tribune publiée dans Le Figaro. Selon lui, « Il convient, par ailleurs, de responsabiliser chacun en simplifiant les nombreux dispositifs de franchise actuels et le ticket modérateur qui sont un maquis incompréhensible ».
Emmanuel Macron a dit la même chose le 2 novembre sur Médiapart : « Je propose que chacun puisse se responsabiliser et payer en fonction de ses propres risques ». Mais que veut dire « se responsabiliser » à propos de maladie ? Cela veut-il dire éviter de tomber malade en même temps que tout le monde ? Savent-ils ce qu’est une épidémie ? C’est lorsque de nombreuses personnes sont contaminées par la même maladie. Et pourquoi plusieurs personnes sont-elles contaminées par la grippe au même moment ? Parce que c’est un virus, et que c’est donc contagieux ! Comment se responsabiliser dans ces conditions ? Comment éviter de tomber malade en même temps que les autres en pleine épidémie ? Faut-il arrêter de parler avec ses voisins ? Arrêtez d’aller travailler ? Arrêter de vivre pour éviter d’être contaminés ? C’est grotesque.
Le programme M. Fillon est aussi mis en cause sur un autre aspect, commun avec Mme Le Pen. Les deux projets reposent sur la suppression des remboursements partiels ou totaux de soins par la sécurité sociale. Par exemple, quand Mme Le Pen propose de supprimer l’aide médicale d’État pour les étrangers sans-papiers. Ou quand M. Fillon a proposé de « focaliser l’assurance publique universelle [c’est-à-dire la Sécu] sur des affections graves ou de longue durée, et l’assurance privée sur le reste » comme cela était écrit dans son programme sur la santé dans la primaire.
Depuis, ce programme a été effacé du site internet du candidat et François Fillon assume de l’avoir « retiré ». Mais ce projet était bien avancé : notez ainsi que dans Les Échos du 25 novembre dernier, la porte-parole de M. Fillon pour la santé, Mme Dominique Stoppa-Lyonnet, envisageait explicitement de dérembourser… « la grippe » ! Elle estimait que celle-ci, comme « l’optique, le dentaire, les audioprothèses n’ont pas à être financés par l’assurance-maladie de base ». Il reste à M. Fillon et Mme Le Pen à apprendre que les microbes et le virus de la grippe passent d’un individu à l’autre sans se soucier de savoir s’il a des papiers, ou si sa complémentaire va le rembourser. Et que par conséquence, pour protéger les Français et ceux ayant une complémentaire, la méthode la plus efficace consiste à … soigner et rembourser tout le monde !
Une autre idée aberrante de M. Fillon est d’imposer un jour de carence pour les fonctionnaires en arrêt-maladie. Il explique que c’est pour aligner les fonctionnaires sur les salariés du privé qui peuvent se voir imposer trois jours de carence. Un jour de carence, c’est un jour où vous n’êtes pas indemnisés par l’assurance-maladie lorsque vous êtes en arrêt maladie. Pourquoi ne pas aligner tout le monde en le supprimant dans le privé ? Ce serait nettement plus pertinent du point de vue de la santé publique. Parce que le principe du jour de carence est particulièrement absurde en cas de maladie contagieuse. Car pour éviter de perdre un jour ou plusieurs jours de salaire, le salarié va travailler, même s’il est malade. Et avec la grippe, il contamine ses collègues au lieu de rester au chaud chez lui. Là encore, la mesquinerie et la jalousie sont mauvaises conseillères pour aborder efficacement les questions de santé.
Notre programme en matière de santé me parait nettement plus efficace et pertinent. Peut-être parce qu’il part de la réalité humaine et non des objectifs comptables ou de l’intérêt financier des actionnaires des assureurs privés. Ainsi, la suppression des dépassements d’honoraires chez le médecin et le remboursement à 100% par la Sécurité sociale des soins permettraient de faciliter une prise en charge rapide des malades évitant ainsi une aggravation de leur maladie. Aujourd’hui, un Français sur trois renonce à des soins pour des raisons financières ! Et ensuite, quand son état est devenu trop grave, il se présente aux urgences venant participer de l’embouteillage à cet endroit du système de santé.
Pour faciliter l’accès aux soins, il ne suffit pas de mieux les rembourser. Il faut encore les rendre physiquement accessibles. C’est-à-dire combler les déserts médicaux. Pour cela, nous proposons la multiplication des centres de santé, combinant médecins généralistes et spécialistes. Dans ces centres officieraient des médecins publics, fonctionnaires. Je suis certain que des milliers de jeunes gens sortants des études d’infirmiers ou médecine seraient tout à fait disposés à travailler dans ce cadre, avec un rythme, des conditions et environnement de travail compatibles avec les projets qu’on peut avoir pour soi et sa famille à l’âge de 30 ans ou en fin de carrière.
Évidemment, une forte priorité devra être donné à reconstruire l’hôpital public. Il a été tellement mis à mal par l’austérité. Mais aussi par l’absurde système de « tarification à l’activité », généralisée par M. Fillon quand il était Premier ministre ! Ce système fait dépendre le financement de chaque hôpital sur le nombre et le type de pathologies prises en charge. Ainsi, il faut faire du chiffre sur certaines pathologies même si les opérations ne sont pas absolument nécessaires car elles « rapportent ». Après quoi et en toute hypothèse, il faut pousser les patients à sortir au plus vite pour faire baisser la « durée moyenne de séjour », etc...

Il faut mettre fin à ce système fou.

Jean-Luc Mélenchon

Résistance ou collaboration linguistique ?

COURRIEL (*)                

À la veille de la présidentielle, 30 personnalités de tous horizons lancent un appel pour la défense de la francophonie et de la diversité linguistique.

C’est l’heure du choix pour les candidats et pour les électeurs français : face à MM. Macron et Gattaz, chevaux de Troie du tout-anglais en France et en Europe, REPRENONS LANGUE !

Prenant la parole à Berlin dans le cadre de sa candidature à la présidence de la République… française, Emmanuel Macron a prononcé son discours en anglais « pour être compris de tous » (sic). 

Le 11 janvier, s’exprimant sur France-Info dans l’émission de J.-M. Aphatie, le chef de file du MEDEF, Pierre Gattaz, a salué ce reniement macronien de la langue française en expliquant laborieusement que l’avenir de la Francophonie passe par l’anglais (M. Aphatie a relevé l’ « oxymore »), « langue universelle des affaires » : une assertion à la fois fausse et hors-sujet, sauf à réduire l’activité à venir d’un futur chef de l’Etat à une forme d’affairisme international. Le patron des patrons a même précisé que les jeunes Français devaient apprendre à « lire, écrire, compter  » en anglais, même s’il a ajouté, pour adoucir l’énormité de son propos, que bien sûr ils devaient aussi maîtriser le français (on respire !).

Dans cette même émission, M. Gattaz a aussi expliqué que pour « gagner », la France devait accepter les délocalisations industrielles, limiter les droits sociaux et les garanties du code du travail qui freinent, selon lui, les entreprises. La question est de savoir si cette prétendue « France qui gagne » à l’international serait autre chose, une fois privée de sa langue et de ses acquis sociaux, qu’un « couteau sans manche dont on a perdu la lame »… Bref, une « France » dénaturée dont ne bénéficierait qu’une minorité de privilégiés.
De plus en plus il apparaît qu’une part croissante de nos « élites » (?) économiques et politiques est déterminée à liquider notre langue au niveau international comme au niveau national, quitte à violer grossièrement l’article II de la Constitution, lequel dispose que « la langue de la République est le français ». Déjà l’ex-président du MEDEF et du syndicat patronal européen Ernest-Antoine Seillière avait déclaré en 2004 qu’il n’officierait plus, en tant que patron de Businesseurope, qu’ « en anglais, la langue de l’entreprise et des affaires ». Déjà M. Kouchner, ministre des Affaires étrangères de N. Sarkozy, affirmait lui aussi cyniquement que « l’avenir de la Francophonie passe par l’anglais » (sic). Déjà, Mme Fioraso, ministre de F. Hollande, a fait de l’anglais une langue universitaire en France au mépris de la loi Toubon qui institue notre langue en « langue de l’enseignement ». Déjà de grandes entreprises comme Renault ou PSA basculent toute leur documentation interne à l’anglais en France même, sans parler de la grande distribution qui privilégie l’anglais (Carrefour City, Simply Market, etc...), des « services publics » et des ex-services publics (SNCF, EDF, Orange…) qui affichent trop souvent leur publicité et leurs enseignes en frenglish ou en mauvais anglais ; ni de la « France » qui chante en anglais à l’Eurovision, des films tournés en anglais en France sur subvention de l’Etat, des émissions intitulées en anglais sur des chaînes publiques, etc.
Manifestement, l’aile marchante de l’oligarchie politico-financière « française » a décidé, à l’occasion des présidentielles, de franchir un seuil décisif dans l’assassinat programmé de la langue nationale, qui est aussi, rappelons-le, la langue officielle de dizaines de pays dans le monde : après la loi du silence qui, depuis des années, interdit de fait aux grands médias de mettre en débat le basculement linguistique insidieusement en cours en France, voici que certains milieux – dont MM. Macron et Gattaz sont l’avant-garde – passent à l’arrachage officiel, quitte à tenir à mi-voix à l’égard du français d’hypocrites propos élogieux en forme de soins palliatifs…
Nous refusons et refuserons avec acharnement cet attentat cynique contre le peuple français et les autres peuples de la Francophonie. C’est le moment ou jamais pour les amis du français et de la Francophonie d’interpeller vigoureusement les candidats aux prochaines élections, présidentielle et législatives :
  • oui ou non, condamnez-vous l’attitude anti-francophone caractérisée de M. Macron et de ses « hampers » (ainsi se nomment ses partisans) ?
  • oui ou non, ferez-vous enfin respecter et renforcerez-vous la loi Toubon, y compris en sanctionnant les « collabos de la pub et du fric » (dixit Michel Serres) qui ne recourent au français dans leur « com » que pour mieux le polluer et introduire le « Globish Business » ?
La résistance et le civisme linguistique sont décisifs pour sauver notre langue, premier service public de France et socle du lien social, pour imposer le respect dû à tous les Francophones de France et d’ailleurs, pour sauvegarder l’égalité entre les citoyens français dont l’écrasante majorité n’est pas « English Mother Tongue » (1). Cette résistance est également vitale pour préserver la diversité des langues qui n’importe pas moins à la culture mondiale que la diversité des espèces n’importe aux défenseurs de la nature.
Au demeurant, Macron n’a pas seulement piétiné le français en parlant anglais à Berlin, il a aussi humilié les germanophones, qui ne sont pas tous censés parler la langue du « business » macronien ! Il est vrai qu’en Allemagne aussi la trahison linguistique fait rage à l’initiative du haut patronat : la société Volkswagen ne vient-elle pas de passer toute sa communication d’entreprise à l’anglais au mépris des ouvriers et des consommateurs allemands ? Assez de ce totalitarisme linguistique, d’autant plus odieux et ridicule que l’Angleterre est en passe de quitter l’U.E. si bien que, légalement, l’anglais ne peut plus être la langue officieuse, et encore moins la langue officielle, des institutions européennes !
Macron se donne des airs de « transgresseur » et de « moderniste » en humiliant sa langue maternelle à l’international. Or il n’y a rien de moins moderne que cet assassinat de la diversité culturelle, rien de plus conformiste que cette allégeance au tout-anglais et à ce qu’il signifie de soumission à l’Empire néolibéral anglo-saxon…

Résistance ou collaboration linguistique, l’heure du choix est venue pour tous les citoyens épris de dignité. Ensemble, sauvons notre langue, et avec elle, la diversité linguistique mondiale, de l’oppression du tout-anglais porté par le monde de la finance.

(1)  = « langue maternelle anglais » : nombre d’offres d’emploi de postes de hauts cadres réservées aux anglophones, ce qui revient à introduire indirectement une préférence nationale à l’envers qui n’est pas moins douteuse que son inverse.


Pour voir la liste totale des signataires, cliquez sur le lien -> agoravox.fr


Primaires : Hamon désigné syndic de liquidation du PS

legislatives_1956.jpgGilles Devers

Débarrassés des sondages, nous voici enfin avec des faits et des chiffres qui parlent, après cinq ans de Gochmole aux affaires.

Votant Jadot, je n’ai aucun conflit d’intérêt.
1/ François Hollande était au théâtre pour le deuxième débat de la primaire, et il a réussi à s’inventer un voyage au Chili pour ne pas voter à cette primaire. Pas un mot, pas le moindre signe d’intérêt d’un ministre influent,… sauf Ségolène Royal pour dire tout le bien qu’elle pense de Macron. Pas un leader PS ne s’est mobilisé pour la primaire.
2/ Pour le premier tour de la primaire de Droite, la participation avait été de 4,3 millions de personnes ; hier soir, nous avions une fourchette entre 1,5 et 2 millions. Donc en toute hypothèse 50% de moins qu’à Droite. Dont acte.
3/ Montebourpif se prend une ramassée de première, avec 17% des voix, et c’est un vrai bonheur pour un blog qui a toujours critiqué ce phraseur inconsistant, fruit d’une bulle médiatique quand son ex-beau frère magouillait au Monde de Plenel. Il y a cinq ans, il avait fait le même score, pour ensuite appeler à voter pour Hollande qu’il n’avait cessé d'insulter,… et ce pour empêcher la victoire d’Aubry. Il voulait rendre Hollande redevable, afin de mieux le manipuler… Et en 2009, il a manœuvré avec Hamon pour faire nommer Valls premier sinistre, afin de mieux le manipuler… La défaite de cet usurpateur est une joie profonde.
4/ Voyant la primaire comme une formalité, El Blanco s’était tout de go présenté comme candidat à la présidence de la République. Le voilà qualifié pour un deuxième tour qui signera sa défaite avec un score genre 75/25. El Blanco est une pure création de Hollande. C’est Hollande qui est allé chercher ce sarkozyste, qui a alors détruit les politiques de Gauche sur la République, l’ordre public et la laïcité, toutes choses auxquelles il ne comprend rien. Dans les jours qui viennent, il va voir cet électorat sur lequel il comptait faire sa rente filer direct chez Macron. El Blanco a été la plus grave faute de Hollande.
5/ Vifs remerciements au philosophe Peillon, sorti de sa retraite par de soudaines envies présidentielles. 6%, c'est pas fort, mais ces 6% ont empêché Valls de tourner en tête au premier tour. Peillon dans le rôle de l’idiot utile, un destin.
6/ Hamon, le prof sympa, fait une belle opération, et va gagner haut la main la primaire. Mais pour faire quoi ensuite ? A Gauche, il ne va rien prendre à Mélenchon, ce ne sont pas les mêmes électeurs. Et à Droite ? Sa victoire va jouer comme un appel d’air pour Macron, et les premiers à y aller vont être les électeurs d’El Blanco. Donc, que vaudront ces 75% face aux deux blocs que sont Mélenchon et Macron, dopé par la défaite d’El Blanco ?
7/ Tout va se jouer chez les parlementaires. Hollande, Royal et tant d’autres jouent ouvertement la défaite du PS, pour s’en débarrasser. Hollande l’avait clairement expliqué dans le livre Un président ne devrait pas dire ça…, expliquant qu’il fallait en finir avec le PS pour faire un « Parti du progrès », qui allait piquer au Centre et à Droite, et il déplorait que Cambadélis dise oui, mais ne fasse rien. C’est donc en réalité l’heure de Cambadélis. En un, le clan Hamon, qui vise moins la présidence de la République que le contrôle du PS, va vite lui faire savoir que ses jours sont comptés. En deux, la Hollanderie fera tout pour accélérer sa défaite, avec un discours tout simple : « Il faut éviter un second tour Fillon/Le Pen, et la seule solution c’est Macron ». Donc la primaire, on s’en contrefiche, et le PS avec. 
C’est du côté des députés que ça va bouger le plus vite. Macron a ouvert les investitures, et il est prêt à accueillir les gentils députés qui votaient ses projets de loi et n’écoutaient pas les frondeurs de Hamon… à condition qu’ils renoncent à l’investiture du PS. Alors, perdant avec le PS ou gagnant avec Macron ? Vous choisiriez quoi ? Sachant que le choix du droitier Fillon donne de l’espace à Macron, surtout si Bayrou ne se présente pas.
8/ Hamon sait qu’il ne sera pas président, mais il se rêve premier secrétaire du PS, mais c’est trop tard. Il ne sera que le syndic de la faillite de ce parti qui a remplacé l’idéologie par un moralisme gluant, et qui voit se détourner de lui un brave électorat qu’il croyait éternellement captif. 

Ce que redoute Israël

Image : Creative CommonVijay Prashad             

Le 23 décembre, l’ambassadrice des États-Unis auprès de l’ONU s’est abstenue lors du vote de la résolution 2334 du Conseil de Sécurité, qui condamnait l’activité de peuplement d’Israël dans le territoire occupé de Cisjordanie et Jérusalem-Est.
 
La formulation est circonspecte. Elle ne dit pas que les colonies de peuplement sont illégales, mais seulement qu’elles n’ont pas de « validité juridique ». Dans le monde du droit international, la différence pourrait être négligeable.
Israël a fait pression sur l’Égypte pour qu’elle retire la résolution, ce qu’elle a fait, et fait pression sur les États-Unis pour qu’ils y opposent leur veto, ce qu’ils n’ont pas fait. La Malaisie, la Nouvelle Zélande, le Venezuela et le Sénégal ont à leur tour promu la même résolution, qui fut adoptée par 14 voix pour et 1 abstention (les E.U.). Les ambassadeurs autour de la table ont exprimé l’espoir que le vote allait favoriser la solution à deux États, « l’aspiration commune de la communauté internationale », a dit l’ambassadeur de Chine Wu Haitao.

La résolution et l’occupation

Cinq ans auparavant, au plus fort du Printemps arabe, les États-Unis avaient opposé leur veto à une résolution similaire.
L’ambassadrice des États-Unis de l’époque à l’ONU, Susan Rice, avait dit que son pays rejetait « dans les termes les plus forts la légitimité de la poursuite de l‘activité de peuplement israélienne ». Ainsi donc, pourquoi opposer son veto à une résolution sur laquelle les États-Unis s’abstiendraient cinq ans plus tard ? En 2011, Mme Rice avait expliqué que la résolution desservirait les négociations entre Israël et les Palestiniens. Israël, était-il sous-entendu, se déchaînerait contre les Palestiniens. C’est exactement ce que les Israéliens promettent de faire maintenant : construire de nouvelles implantations, annexer pleinement la Cisjordanie et Jérusalem-Est et par conséquent éliminer toute perspective d’une solution à deux États.
La résolution de l’ONU – bien qu’importante en soi – n’est pas ce qu’Israël redoute. Ce qui contrarie Tel Aviv, ce sont les initiatives que cette résolution pourrait entraîner, notamment celles que pourrait prendre la Cour pénale internationale (CPI). En janvier 2015 la procureure générale de la CPI Fatou Bensouda a ouvert une enquête préliminaire sur les agissements d’Israël lors du bombardement de Gaza en 2014 et sur les colonies de peuplement illégales. Mme Bensouda a indiqué clairement depuis qu’elle n’engagerait pas d’enquête criminelle complète sans une réelle clarté politique du Conseil de sécurité de l’ONU.
La résolution 2334 donne à la CPI la volonté politique d’entreprendre une telle démarche. Puisque la Palestine est un État reconnu par l’ONU depuis 2012, et membre de la CPI depuis 2014, avec l’adoption de cette résolution la CPI pourrait au cours des prochains mois décider de mener une enquête rigoureuse sur les crimes de guerre israéliens. Ceci menacerait les colons en Cisjordanie et à Jérusalem-Est, mais inciterait également les soldats israéliens à refuser de participer à tout futur bombardement criminel de Gaza. Il reste à voir si la direction palestinienne aura le courage de réclamer cette initiative.
En 1967, Israël saisit la Cisjordanie, Jérusalem-Est et la Bande de Gaza – les parties de la Palestine dont il n’avait pas le contrôle. Le Conseil de sécurité adopta une série de résolutions (242, 252, 298) au cours de la décennie suivante, demandant à Israël d’évacuer cette terre et – dans la résolution 446 – de renoncer à construire des implantations sur le territoire occupé. Les États-Unis, qui étaient déjà devenus le bouclier d’Israël, s’étaient abstenus sur les principales résolutions
C’était sur ce territoire occupé qu’un État palestinien était alors censé être établi, contre l’avis d’Israël. La solution à deux États, qui fait consensus au niveau international pour régler le conflit israélo-palestinien, repose sur l’évacuation par Israël de la terre occupée en 1967. Il n’est guère étonnant que l’ONU soit périodiquement revenue à la charge pour censurer Israël et son occupation persistante et la construction d’implantations sur la terre occupée en violation de la Quatrième convention de Genève.
La première résolution majeure de l’ONU qualifiant l’occupation israélienne a été la 242, promue par le Royaume Uni et adoptée en novembre 1967 à l’unanimité. Il n’y a eu aucune abstention et aucun des membres permanents n’y a opposé son veto.
Le secrétaire d’État états-unien Dean Rusk avait déclaré à l’époque que malgré « la forte divergence d’opinion » entre les États-Unis et Israël sur la question du territoire, les États-Unis ne se sont pas engagés « à aider Israël à conserver les territoires saisis lors de la guerre de 1967 ». Même lorsque les administrations de Washington ont défendu les politiques d’annexion d’Israël – comme sous le mandat de Reagan – les États-Unis n’ont pas fait usage de leur veto pour défendre les colonies de peuplement.

Les agissements criminels d’Israël

Les accords d’Oslo (1994) ont instauré la possibilité d’un État palestinien, bien qu’ils ne se prononcèrent pas explicitement pour qu’il fût mis fin à l’activité de colonisation. Israël continue de grignoter le possible État palestinien. Israël ne veut ni d’une solution à deux États ni de celle à un État. Cette attitude négative à l’égard du « processus de paix » démontre qu’Israël est déterminé à maintenir les Palestiniens sous occupation de façon permanente et qu’il caresse toujours le rêve du Grand Israël (Eretz Israel).
Quatre ans après Oslo, la communauté internationale a adopté le Statut de Rome instaurant la CPI. Ce fut ce nouveau développement – la CPI – plutôt que les accords d’Oslo qui amena les États-Unis à faire usage de leur veto au Conseil de sécurité de l’ONU à maintes reprises pour protéger Israël. L’establishment israélien craignait que la CPI ne porte son attention sur des questions telles que le transfert de populations et les crimes de guerre.
La CPI – poussée à enquêter sur des crimes perpétrés hors du continent africain – pourrait trouver que les agissements d’Israël constituent un objet d’étude légitime. Les veto de Washington supprimaient tout fondement juridique à une action de la CPI à l’encontre d’Israël.
Les enquêteurs de la procureure Bensouda ont visité la Cisjordanie et Jérusalem-Est en octobre de cette année. La CPI a démenti qu’il s’agissait d’une enquête préliminaire, mais c’est difficile à croire. La nouvelle résolution du Conseil de sécurité de l’ONU renvoie à ses positions plus radicales de 1979 et 1980 de même que les conclusions de 2014 de la Cour internationale de justice selon lesquelles le mur d’apartheid qui emprisonne la Cisjordanie est illégal.
La procureure va donc être soumise à une pression croissante pour pousser plus loin son enquête.

Le triomphalisme de Tel Aviv

L’ambassadeur Danny Danon a donné le ton du refus d’Israël lorsqu’il a déclaré que Tel Aviv avait le droit de construire des « maisons dans la patrie historique du peuple juif ». Les implantations sont essentielles pour le gouvernement israélien pour mener à bien son propre projet. Il ne voit rien de moins – comme l’a formulé l’ambassadeur Danon – qu’ « un État juif qui reconquiert fièrement la terre de nos ancêtres ». L’ambassadeur Danon est exactement sur la même longueur d’onde que le futur ambassadeur de Washington en Israël, David Friedland, qui croit au Grand Israël et nie l’existence de la Palestine. Le futur président états-unien Donald Trump a juré de révoquer la résolution du Conseil de Sécurité et a menacé de mettre fin au financement états-unien de l’ONU. 

António Guterres, le nouveau secrétaire général de l’ONU a indiqué qu’il allait envoyer une mission d’appui de l’ONU pour promouvoir une solution à deux États. M. Guterres et Mme Bensouda vont avoir la difficile tâche de devoir concilier le consensus de la communauté internationale (une solution à deux États) et les propres ambitions territoriales illégales d’Israël.
L’optimisme n’est guère de mise. 

* Vijay Prashad est un historien, auteur et journaliste indien, directeur des Etudes Internationales au Trinity College. Il a dirigé la publication de « Letters to Palestine » (Verso). Il vit à Northampton.

30 décembre 2016 – CounterPunch – Traduction : Chronique de Palestine – MJB

Chronique de Palestine 

À Davos, les élites poussent encore et toujours pour le bannissement du cash

billet de banque en feuCharles Sannat

L’un des thèmes centraux du forum économique de Davos est le bannissement de l’argent liquide. Hier, nous avons mis en exergue comment l’économiste lauréat du prix Nobel Joseph Stiglitz exhorte les États-Unis à se débarrasser du cash.

Aujourd’hui, le CEO de PayPal Dan Schulman nous ressert les mêmes plats, à la différence que, selon lui, l’élimination de l’argent liquide servira à mettre un terme aux « fuites » (Stiglitz et les autres élites suggérant habituellement que l’élimination de l’argent liquide mettra un terme au blanchiment ou aux activités criminelles) :
« La révolution numérique facilite et démocratise les transactions pour des millions de gens à travers le monde. Elle finira tôt ou tard par supplanter les formes traditionnelles de paiement, comme le liquide », a déclaré Dan Schulman à CNBC ce mercredi.
« Je pense que nous sommes arrivés à la réalisation que la guerre est vraiment contre l’argent liquide et le gaspi » qu’il engendre, a déclaré Schulman depuis le forum économique mondial de Davos en Suisse. « Il y a énormément de fuites dans le système. »
Ces arguments sont fatigants. Si vous voulez savoir pourquoi le haut de la chaîne alimentaire économique souhaite bannir l’argent liquide, écoutez ce que dit le parrain du bannissement du cash, l’ancien économiste en chef du FMI Kenneth Rogoff, qui a écrit dans le cadre de ses recherches sur le sujet en 2014 :
« L’argent papier dispose de deux propriétés très distinctes qui devraient attirer notre attention. Tout d’abord, c’est précisément l’existence de l’argent papier qui rend difficile pour les banques centrales de pousser les taux bien en dessous de zéro, une limitation de plus en plus concrète durant ce siècle. »
Cela fait des années que Rogoff en appelle à l’élimination de l’argent liquide. Il a même écrit un livre intitulé The Curse of Cash (La malédiction du cash). Est-ce que Rogoff souhaite bannir l’argent liquide pour combattre le blanchiment ou la corruption, pour réduire les « fuites » ? Que nenni.

Il souhaite le faire afin que les banques centrales puissent adopter les taux négatifs. C’est aussi simple que cela, pour vous empêcher d’exploiter la seule faille qui vous permet de vous protéger des taux négatifs. (…) C’est la raison pour laquelle les économistes ont déclaré la guerre à l’argent liquide. Ce n’est pas pour combattre le crime ou le blanchiment, mais pour permettre aux banques centrales d’avoir la mainmise sur le système financier.

Article de Phoenix Capital Research, publié le 18 janvier 2017

insolentiae.com

Surprise !?!?...


Citation de Victor Hugo

L’Histoire a pour égout des temps comme les nôtres.